Visuo ou Podo dépendance ?

La littérature suggère depuis plusieurs années la forte prévalence d’une visuo-dépendance chez des patients âgées fragiles. Mais si l’on s’équilibre avec les yeux, on s’équilibre aussi -entre autres- avec les afférentes podales (pressions plantaires + proprioception de cheville). Le travail mené par Marine BRIKA pour mesurer la prévalence de cette podo-dépendance vient d’être publié dans un journal international. Les résultats montrent (1) que la podo-dépendance est la plus prévalente de ces 2 types de dépendances et (2) que les hommes sont le plus souvent à la fois visuo ET podo-dépendants, contrairement aux femmes qui sont le plus souvent seulement podo-dépendantes. La suite de nos travaux devra permettre de mieux comprendre comment s’installent ces préférences sensorielles pour mieux les rééduquer!

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0304394021000483?via%3Dihub

1ère publi internationale pour le Frail’BESTest (EquiMoG) !

Après quelques années de labeur, voici le premier papier de validation internationale pour EquiMoG: le Frail’BESTest (FBT). Adapté du BESTest de Fay Horak, il a pour but d’évaluer de manière systémique les capacités motrices de patients fragiles et non-fragiles. Le but de ce papier est de présenter les premières propriétés métriques du test, et notamment sa capacité à évaluer les patients âgés les plus fragiles de manière cohérente (cohérence interne des différents systèmes), valide (validité externe face au Tinetti) et fiable (inter-examinateur). Un second papier permettra de valider la sensibilité au changement du FBT, son caractère prédictif ou non sur la chute, et sa capacité à diagnostiquer la fragilité. Affaire à suivre…

Le lien vers le papier en accès libre:

https://www.dovepress.com/the-frailrsquobestest-an-adaptation-of-the-ldquobalance-evaluation-sys-peer-reviewed-article-CIA

Fragilité et COVID-19

COVID-19 et REEDUCATION DE LA PERSONNE AGEE FRAGILE : LES POINTS CLES

Merci à Guillaume Galliou, kinésithérapeute libéral à Caen avec une expertise clinique autour de la réhabilitation respiratoire pour cette synthèse.

Les personnes âgées se retrouvent exposées de façon préférentielle au virus SARS-COV-2 (1–3). Le passage fréquent en réanimation pour la prise en charge ventilatoire entraîne des conséquences que le praticien libéral devra gérer au retour de son patient à son domicile.

QUE FAUT-IL RETENIR AUTOUR DE LA PHYSIOPATHOLOGIE DE CETTE MALADIE ?

  • Les comorbidités en rapport avec la sévérité de la COVID-19 sont  l’obésité, le diabète, les pathologies cardio respiratoires, les hypertensions artérielles, la sarcopénie…  (4-5)
  • Les patients âgés sont bien les personnes les plus sensibles à cette maladie, du fait de leurs comorbidités, mais également en fonction de leur âge. En effet, les patients les plus âgés sont les plus touchés par cette maladie (2).
  • Certains des principaux symptômes de la COVID-19 concernent les atteintes respiratoires (6-7) : fièvre, rhinorhée, une toux généralement sèche, devenant irritante et douloureuse. Une pneumonie associée à un syndrome de détresse respiratoire aigüe (SDRA)(8), entraîne ainsi une altération des échanges gazeux due à l’inflammation des voies aériennes, nécessitant  un éventuel séjour en réanimation avec intubation et ventilation assistée permettant une supplémentation en oxygène, qui peut être prolongée après extubation via une VNI. Ces interventions majorent l’irritation de la gorge. Une dyspnée accentuée par l’anxiété liée à la gène respiratoire, à l’altération des échanges gazeux, au contexte sociétal de la pathologie est également retrouvée. Enfin, l’asthénie et/ou une myalgie liée au déconditionnement des patients de réanimation et à la lutte de l’organisme contre la pathologie est naturellement présente.
  • Le MK libéral ou en SSR devra donc faire face à de nombreux enjeux concernant la ventilation de son patient âgé.

QUELLES ACTIONS AVEC VOS PATIENTS A DOMICILE ?

1- Règles d’hygiène du praticien et du patient (cf  guide de bonnes pratiques de la HAS  concernant le respect des règles sanitaires(9-10)).

2- Actions d’éducation à la santé et un rappel des règles de prévention

  • Intégrer les aidants dans cette éducation
  • Rappels liés à l’hydratation et l’alimentation régulières. Il peut être nécessaire de prendre contact avec l’assistante sociale pour vérifier les capacités de ravitaillement en fonction de la disponibilité de l’entourage.
  • Vérifier la possibilité d’appel à l’aide si le patient est isolé (téléassistance).
  •  Vérifier la possibilité et la capacité pour le patient âgé d’avoir accès aux dispositifs à distance de loisirs et de sociabilité telle la visio-conférence avec ses proches, la télévision, le téléphone, etc…
  • Recommander aux patients de bien aérer régulièrement son logement au moins 20 minutes par jour (11).
  • Recommandé aux patients de sortir dans leur jardin ou sur leur balcon

3- Evaluation

  • Avant chaque séance, vérifier la température du patient, sa spO2, sa dyspnée et son état général (confusion, vigilance,…) qui seront des drapeaux rouges à la rééducation (10).
  • Test de lever de chaise de 1 minute (TLC1) (12), le test des 5 levers de chaise, le test de vitesse de marche ou le Timed Up and Go test.
  • Pour évaluer la dyspnée initiale du patient : le test mMRC ou le test Dyspnea12 (13). Echelle de Borg servira à évaluer la dyspnée lors de la séance.
  • Le test EQUIMOG permet évaluer plusieurs sous-systèmes fonction équilibration patient âgé (14),
  • les tests HAD ou GDS serviront à évaluer la dimension dépressive de ces patients fragiles : en effet, un stress post-traumatique est rapporté. Un recours à un psychologue peut être nécessaire après avoir screené le patient.
  • la COVID-19 entraînant des symptômes proches de la fibrose pulmonaire, il est recommandé d’utiliser des questionnaires de qualité de vie tel le SF-12 ou le SGRQ.

4 – Rééducation

  • Le SARS-COV-2 entraîne une inflammation irritante des VAS. La toux, hors pathologie respiratoire préexistante, sera le plus souvent sèche : la kinésithérapie respiratoire de drainage ne sera donc pas indiquée. Ce travail de la toux peut être fait en contrôlant la ventilation, avec des techniques de relaxation, de sophrologie…
  • Lors du passage en réanimation, les patients sont ventilés de façon invasive et sont sédatés. Le patient peut acquérir une neuromyopathie (15) amenant une désadaptation des muscles respirateurs et périphériques. Il y a donc un impact sur la fonction pulmonaire du patient âgé, avec la présence d’un syndrome ventilatoire mixte, une baisse du VEMS, ainsi que des troubles de la diffusion (16). Un renforcement en aérobie sera donc indispensable, en respectant la fatigabilité du patient, privilégiant ainsi le travail en créneaux, et en respectant la dyspnée déjà présente qui ne devra pas dépasser 3 sur l’échelle de Borg (10). La fréquence cardiaque du patient ne devra pas excéder 85% de la FC max. Ce renforcement peut se faire soit avec des outils tels un cycloergomètre ou un tapis de marche (qui sera à privilégier car plus proche des activités de la vie quotidienne du patient âgé), soit avec l’environnement du patient, tels les escaliers.
  • Le renforcement des muscles périphériques doit également faire partie intégrante de la séance : comme pour le patient BPCO, la puissance musculaire par exemple du quadriceps du patient âgé et COVID+ est diminuée : des exercices comme des flexions, des montées sur les pointes de pied, le travail avec des élasti-bandes, des pompes contre un mur seront proposés. L’activité physique douce est donc totalement à inclure. Cependant, en cas de faiblesse extrême du patient, l’électro neurostimulation (17) peut être un moyen de faire travailler le patient fragile.
  • L’activité physique adaptée est à recommander vivement.

BIBLIOGRAPHIE

1.            Petretto DR, Pili R. Ageing and COVID-19: What is the Role for Elderly People? Geriatrics (Basel). 26 avr 2020;5(2).

2.            The OpenSAFELY Collaborative, Williamson E, Walker AJ, Bhaskaran KJ, Bacon S, Bates C, et al. OpenSAFELY: factors associated with COVID-19-related hospital death in the linked electronic health records of 17 million adult NHS patients. [Internet]. Epidemiology; 2020 mai [cité 9 mai 2020]. Disponible sur: http://medrxiv.org/lookup/doi/10.1101/2020.05.06.20092999

3.            Leung C. Risk factors for predicting mortality in elderly patients with COVID-19: a review of clinical data in China. Mech Ageing Dev. 27 avr 2020;111255.

4.            pubmeddev, al ZF et. Clinical course and risk factors for mortality of adult inpatients with COVID-19 in Wuhan, China: a retrospective cohort study. – PubMed – NCBI [Internet]. [cité 10 mai 2020]. Disponible sur: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/32171076

5.            Plaçais L, Richier Q. COVID-19 : caractéristiques cliniques, biologiques et radiologiques chez l’adulte, la femme enceinte et l’enfant. Une mise au point au cœur de la pandémie. La Revue De Medecine Interne [Internet]. [cité 10 mai 2020]; Disponible sur: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7164907/

6.            Borges do Nascimento IJ, Cacic N, Abdulazeem HM, von Groote TC, Jayarajah U, Weerasekara I, et al. Novel Coronavirus Infection (COVID-19) in Humans: A Scoping Review and Meta-Analysis. J Clin Med. 30 mars 2020;9(4).

7.            Rothan HA, Byrareddy SN. The epidemiology and pathogenesis of coronavirus disease (COVID-19) outbreak. J Autoimmun. mai 2020;109:102433.

8.            Matricardi PM, Dal Negro RW, Nisini R. The first, holistic immunological model of COVID-19: implications for prevention, diagnosis, and public health measures. Pediatr Allergy Immunol. 2 mai 2020;

9.            AD-HOC INTERNATIONAL TASK FORCE TO DEVELOP AN EXPERT-BASED OPINION ON EARLY AND SHORT-TERM REHABILITATIVE INTERVENTIONS (AFTER THE ACUTE HOSPITAL SETTING) IN COVID-19 -VERSION APRIL 3 2020.pdf.

10.          Michel Gedda M. Réponses rapides dans le cadre du COVID-19 – Mesures et précautions essentielles pour le Masseur-Kinésithérapeute auprès des patients à domicile. Kinésithérapie, la Revue [Internet]. mai 2020 [cité 10 mai 2020]; Disponible sur: https://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S177901232030156X

11.          Un air sain chez soi.  

12.          Crook S, Puhan MA, Frei A, STAND-UP and RIMTCORE study groups. The validation of the sit-to-stand test for COPD patients. Eur Respir J. 2017;50(3).

13.          Beaumont M, Couturaud F, Jego F, Pichon R, Le Ber C, Péran L, et al. Validation of the French version of the London Chest Activity of Daily Living scale and the Dyspnea-12 questionnaire. Int J Chron Obstruct Pulmon Dis. 2018;13:1399‑405.

14.          Kubicki A, Brika M, Coquisart L, Basile G, Laroche D, Mourey F. 2020. The Frail’BESTest. An adaptation of the “Balance Evaluation System Test” for frail older adults. Description, internal consistency and inter-rater reliability. Clin Interv in aging. (Mention in press)

15.          Vanhorebeek I, Latronico N, Van den Berghe G. ICU-acquired weakness. Intensive Care Med. avr 2020;46(4):637‑53.

16.          Herridge MS. Fifty Years of Research in ARDS. Long-Term Follow-up after Acute Respiratory Distress Syndrome. Insights for Managing Medical Complexity after Critical Illness. Am J Respir Crit Care Med. 01 2017;196(11):1380‑4.

17.          Péran L, Beaumont M, Berriet AC, Le Ber C, Le Mevel P, Nowak E, et al. Effet de l’ÉlectroStimulation NeuroMusculaire versus un entraînement sur cycloergomètre lors d’un programme de réhabilitation respiratoire. Revue des Maladies Respiratoires Actualités. 1 janv 2020;12(1):277.

Des Fiches d’auto-rééducation à disposition des patients et de leur rééducateur

Les étudiants des IFMK de Franche-Comté ont mis en œuvre des fiches d’auto-rééducation pour aider à la continuité de la rééducation pendant cette période de crise sanitaire. Nous espérons qu’elles pourront aider les thérapeutes à travailler à distance de leurs patients.

VOIR DANS LE MENU “Documents Physios ci-dessus”

Merci à nos étudiants pour ces fiches de grande qualité!

Tour du monde au sein du SSR de L’Hôpital Nord-Ouest de Trévoux

Une idée originale est née au sein de l’équipe de rééducation du SSR de Trévoux : la création d’un parcours de marche interne au service apparenté à un tour du monde. Différentes villes étapes matérialisées par la forme d’une borne kilométrique se sont glissées à différents endroits du service, chaque ville étant séparées par une distance précise.

De plus, le patient dispose d’un passeport afin de noter son parcours.

Ce projet a été motivé par plusieurs raisons :

  • la récurrence des troubles de la marche chez les patients âgés fragiles hospitalisés présentant ou non des troubles cognitifs
  • le constat que l’environnement des couloirs du SSR était impersonnel et par conséquent peu stimulant pour les patients qui avaient pourtant la consigne de marcher quotidiennement afin de maintenir leurs capacités motrices.
  • la demande régulière des médecins de disposer d’une quantification du périmètre de marche.

Ce parcours de marche présente plusieurs avantages :

  • Avoir un objectif de marche régulière associant ludisme et attractivité
  • Quantifier la progression du périmètre de marche (pouvant notamment être réalisé en autonomie par les patients ne possédant pas de troubles cognitifs)
  • Associer le travail de l’équilibre dynamique et des changements de direction pour lire les anecdotes culinaires relatives à chaque ville étape
  • Solliciter l’aspect cognitif en stimulant la mémoire épisodique et sémantique
  • Créer un outil de communication entre les patients, les soignants et les familles
  • Elaborer un lien entre l’hôpital et la médecine de ville grâce au passeport qui témoigne des progrès réalisés durant le séjour en SSR

 Pour toute question relative à cette belle initiative, vous pouvez contacter Me Godaert Sylviane (kinésithérapeute du SSR) via l’adresse mail suivante : SGodaert@lhopitalnordouest.fr

Marine Brika

La vidéo de l’inauguration est en widget !

Fred Desramault et la chambre des erreurs

Une chambre des erreurs pour prévenir les chutes

Atelier créé au Canada en 2006 sous la dénomination de « chambre des horreurs » [1], la chambre des erreurs est arrivée en France en 2011. Cet atelier prend la forme d’une chambre de patient reconstituée, dans laquelle les participants ont pour objectif de retrouver des erreurs qui y ont volontairement été placées [2]. Ainsi en 2017, une équipe du centre hospitalier de Darnétal (près de Rouen) spécialisé dans la prise en soin de personnes âgées, a mis en place une chambre des erreurs sur la thématique de prévention des chutes, sur le facteur environnemental du risque de chute plus particulièrement, dans le cadre de la semaine de la sécurité des patients. En effet, le nombre de sujets âgés tend à augmenter du fait de l’allongement de l’espérance de vie [3]. Ces sujets âgés sont souvent en situation de fragilité, celle-ci se caractérisant par une augmentation du risque de chute [4]. Tout le personnel de l’établissement (toutes fonctions confondues), les usagers ainsi que leurs proches ont été invité à participer à cet atelier.

Pour le personnel, les objectifs de l’atelier sont l’abord des situations à risque de chute, l’acquisition, la réactualisation et le partage des connaissances et compétences en matière de prévention des chutes, l’analyse de ses pratiques professionnelles et l’adoption d’une posture réflexive, éveiller l’intérêt et mobiliser l’ensemble des acteurs de la chaine de soins [5]. L’objectif pour les usagers et leurs proches est une sensibilisation au facteur environnemental du risque de chute et une diffusion des connaissances au plus grand nombre.

Au final, tous les participants mettent en avant l’aspect ludique et surtout non stigmatisant d’un tel atelier. Ils se disent être, par ailleurs, davantage attentifs au risque de chute.

Cet atelier a, par ailleurs, fait l’objet d’une participation à un concours d’innovation en santé organisé par le CHU de Rouen en 2018 et a remporté le prix « coup de cœur du public ».

Pour davantage de renseignements concernant l’atelier, sa mise en place, ses variantes, ses perspectives ou toutes autres demandes, vous pouvez envoyer un courriel à l’adresse suivante : frederic.desramault@wanadoo.fr

Maintenant à vous de jouer en essayant de retrouver les éventuelles erreurs sur ce dessin ! 

Les réponses vous seront présentées prochainement ! En attendant, bonnes vacances gériatriques à toutes et à tous !

La chambre des erreurs de Darnétal en vidéo :

Bibliographie

[1] Syndicat national des professionnels infirmiers. La « chambre des erreurs » : un outil ludique d’amélioration des pratiques.[consulté le 1.07.2019] 23 novembre 2014. [en ligne].https://www.syndicat-infirmier.com/La-chambre-des-erreurs-un-outil.html

[2] Denry P. Le Webzine de la HAS magazine des bonnes pratiques. La « chambre des erreurs » : un outil ludique d’amélioration des pratiques, de la qualité et la sécurité des soins. Initiatives & développement de pratiques collaboratives. [En ligne] Avril 2014, N°80, [consulté le 1.07.2019]. Disponibilité sur internet : https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1734851/fr/la-chambre-des-erreurs-un-outil-ludique-damelioration-des-pratiques-de-la-qualite-et-de-la-securite-des-soins

 [3] Banque Mondiale. (page consultée le 1.07.2019). The World Bank, . http://search.worldbank.org/all?qterm=esp%C3%A9rance+de+vie+france&op=

[4] Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale, expertise collective. Activité physique et prévention des chutes chez les personnes âgées, synthèse et recommandations. Paris: INSERM; 2014.

[5] Semaine de la sécurité des patients en Haute-Normandie du 23 au 27 novembre 2015. (page consultée le 1.07.2019) Simulation en santé : chambre des 7 erreurs. Kit pour les établissements. ARS, OMEDIT. [En ligne] http://www.omedit-normandie.fr/media-files/7543/presentation-kit-chambre-erreurs-2015-.pdf