Fragilité et COVID-19

COVID-19 et REEDUCATION DE LA PERSONNE AGEE FRAGILE : LES POINTS CLES

Merci à Guillaume Galliou, kinésithérapeute libéral à Caen avec une expertise clinique autour de la réhabilitation respiratoire pour cette synthèse.

Les personnes âgées se retrouvent exposées de façon préférentielle au virus SARS-COV-2 (1–3). Le passage fréquent en réanimation pour la prise en charge ventilatoire entraîne des conséquences que le praticien libéral devra gérer au retour de son patient à son domicile.

QUE FAUT-IL RETENIR AUTOUR DE LA PHYSIOPATHOLOGIE DE CETTE MALADIE ?

  • Les comorbidités en rapport avec la sévérité de la COVID-19 sont  l’obésité, le diabète, les pathologies cardio respiratoires, les hypertensions artérielles, la sarcopénie…  (4-5)
  • Les patients âgés sont bien les personnes les plus sensibles à cette maladie, du fait de leurs comorbidités, mais également en fonction de leur âge. En effet, les patients les plus âgés sont les plus touchés par cette maladie (2).
  • Certains des principaux symptômes de la COVID-19 concernent les atteintes respiratoires (6-7) : fièvre, rhinorhée, une toux généralement sèche, devenant irritante et douloureuse. Une pneumonie associée à un syndrome de détresse respiratoire aigüe (SDRA)(8), entraîne ainsi une altération des échanges gazeux due à l’inflammation des voies aériennes, nécessitant  un éventuel séjour en réanimation avec intubation et ventilation assistée permettant une supplémentation en oxygène, qui peut être prolongée après extubation via une VNI. Ces interventions majorent l’irritation de la gorge. Une dyspnée accentuée par l’anxiété liée à la gène respiratoire, à l’altération des échanges gazeux, au contexte sociétal de la pathologie est également retrouvée. Enfin, l’asthénie et/ou une myalgie liée au déconditionnement des patients de réanimation et à la lutte de l’organisme contre la pathologie est naturellement présente.
  • Le MK libéral ou en SSR devra donc faire face à de nombreux enjeux concernant la ventilation de son patient âgé.

QUELLES ACTIONS AVEC VOS PATIENTS A DOMICILE ?

1- Règles d’hygiène du praticien et du patient (cf  guide de bonnes pratiques de la HAS  concernant le respect des règles sanitaires(9-10)).

2- Actions d’éducation à la santé et un rappel des règles de prévention

  • Intégrer les aidants dans cette éducation
  • Rappels liés à l’hydratation et l’alimentation régulières. Il peut être nécessaire de prendre contact avec l’assistante sociale pour vérifier les capacités de ravitaillement en fonction de la disponibilité de l’entourage.
  • Vérifier la possibilité d’appel à l’aide si le patient est isolé (téléassistance).
  •  Vérifier la possibilité et la capacité pour le patient âgé d’avoir accès aux dispositifs à distance de loisirs et de sociabilité telle la visio-conférence avec ses proches, la télévision, le téléphone, etc…
  • Recommander aux patients de bien aérer régulièrement son logement au moins 20 minutes par jour (11).
  • Recommandé aux patients de sortir dans leur jardin ou sur leur balcon

3- Evaluation

  • Avant chaque séance, vérifier la température du patient, sa spO2, sa dyspnée et son état général (confusion, vigilance,…) qui seront des drapeaux rouges à la rééducation (10).
  • Test de lever de chaise de 1 minute (TLC1) (12), le test des 5 levers de chaise, le test de vitesse de marche ou le Timed Up and Go test.
  • Pour évaluer la dyspnée initiale du patient : le test mMRC ou le test Dyspnea12 (13). Echelle de Borg servira à évaluer la dyspnée lors de la séance.
  • Le test EQUIMOG permet évaluer plusieurs sous-systèmes fonction équilibration patient âgé (14),
  • les tests HAD ou GDS serviront à évaluer la dimension dépressive de ces patients fragiles : en effet, un stress post-traumatique est rapporté. Un recours à un psychologue peut être nécessaire après avoir screené le patient.
  • la COVID-19 entraînant des symptômes proches de la fibrose pulmonaire, il est recommandé d’utiliser des questionnaires de qualité de vie tel le SF-12 ou le SGRQ.

4 – Rééducation

  • Le SARS-COV-2 entraîne une inflammation irritante des VAS. La toux, hors pathologie respiratoire préexistante, sera le plus souvent sèche : la kinésithérapie respiratoire de drainage ne sera donc pas indiquée. Ce travail de la toux peut être fait en contrôlant la ventilation, avec des techniques de relaxation, de sophrologie…
  • Lors du passage en réanimation, les patients sont ventilés de façon invasive et sont sédatés. Le patient peut acquérir une neuromyopathie (15) amenant une désadaptation des muscles respirateurs et périphériques. Il y a donc un impact sur la fonction pulmonaire du patient âgé, avec la présence d’un syndrome ventilatoire mixte, une baisse du VEMS, ainsi que des troubles de la diffusion (16). Un renforcement en aérobie sera donc indispensable, en respectant la fatigabilité du patient, privilégiant ainsi le travail en créneaux, et en respectant la dyspnée déjà présente qui ne devra pas dépasser 3 sur l’échelle de Borg (10). La fréquence cardiaque du patient ne devra pas excéder 85% de la FC max. Ce renforcement peut se faire soit avec des outils tels un cycloergomètre ou un tapis de marche (qui sera à privilégier car plus proche des activités de la vie quotidienne du patient âgé), soit avec l’environnement du patient, tels les escaliers.
  • Le renforcement des muscles périphériques doit également faire partie intégrante de la séance : comme pour le patient BPCO, la puissance musculaire par exemple du quadriceps du patient âgé et COVID+ est diminuée : des exercices comme des flexions, des montées sur les pointes de pied, le travail avec des élasti-bandes, des pompes contre un mur seront proposés. L’activité physique douce est donc totalement à inclure. Cependant, en cas de faiblesse extrême du patient, l’électro neurostimulation (17) peut être un moyen de faire travailler le patient fragile.
  • L’activité physique adaptée est à recommander vivement.

BIBLIOGRAPHIE

1.            Petretto DR, Pili R. Ageing and COVID-19: What is the Role for Elderly People? Geriatrics (Basel). 26 avr 2020;5(2).

2.            The OpenSAFELY Collaborative, Williamson E, Walker AJ, Bhaskaran KJ, Bacon S, Bates C, et al. OpenSAFELY: factors associated with COVID-19-related hospital death in the linked electronic health records of 17 million adult NHS patients. [Internet]. Epidemiology; 2020 mai [cité 9 mai 2020]. Disponible sur: http://medrxiv.org/lookup/doi/10.1101/2020.05.06.20092999

3.            Leung C. Risk factors for predicting mortality in elderly patients with COVID-19: a review of clinical data in China. Mech Ageing Dev. 27 avr 2020;111255.

4.            pubmeddev, al ZF et. Clinical course and risk factors for mortality of adult inpatients with COVID-19 in Wuhan, China: a retrospective cohort study. – PubMed – NCBI [Internet]. [cité 10 mai 2020]. Disponible sur: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/32171076

5.            Plaçais L, Richier Q. COVID-19 : caractéristiques cliniques, biologiques et radiologiques chez l’adulte, la femme enceinte et l’enfant. Une mise au point au cœur de la pandémie. La Revue De Medecine Interne [Internet]. [cité 10 mai 2020]; Disponible sur: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7164907/

6.            Borges do Nascimento IJ, Cacic N, Abdulazeem HM, von Groote TC, Jayarajah U, Weerasekara I, et al. Novel Coronavirus Infection (COVID-19) in Humans: A Scoping Review and Meta-Analysis. J Clin Med. 30 mars 2020;9(4).

7.            Rothan HA, Byrareddy SN. The epidemiology and pathogenesis of coronavirus disease (COVID-19) outbreak. J Autoimmun. mai 2020;109:102433.

8.            Matricardi PM, Dal Negro RW, Nisini R. The first, holistic immunological model of COVID-19: implications for prevention, diagnosis, and public health measures. Pediatr Allergy Immunol. 2 mai 2020;

9.            AD-HOC INTERNATIONAL TASK FORCE TO DEVELOP AN EXPERT-BASED OPINION ON EARLY AND SHORT-TERM REHABILITATIVE INTERVENTIONS (AFTER THE ACUTE HOSPITAL SETTING) IN COVID-19 -VERSION APRIL 3 2020.pdf.

10.          Michel Gedda M. Réponses rapides dans le cadre du COVID-19 – Mesures et précautions essentielles pour le Masseur-Kinésithérapeute auprès des patients à domicile. Kinésithérapie, la Revue [Internet]. mai 2020 [cité 10 mai 2020]; Disponible sur: https://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S177901232030156X

11.          Un air sain chez soi.  

12.          Crook S, Puhan MA, Frei A, STAND-UP and RIMTCORE study groups. The validation of the sit-to-stand test for COPD patients. Eur Respir J. 2017;50(3).

13.          Beaumont M, Couturaud F, Jego F, Pichon R, Le Ber C, Péran L, et al. Validation of the French version of the London Chest Activity of Daily Living scale and the Dyspnea-12 questionnaire. Int J Chron Obstruct Pulmon Dis. 2018;13:1399‑405.

14.          Kubicki A, Brika M, Coquisart L, Basile G, Laroche D, Mourey F. 2020. The Frail’BESTest. An adaptation of the “Balance Evaluation System Test” for frail older adults. Description, internal consistency and inter-rater reliability. Clin Interv in aging. (Mention in press)

15.          Vanhorebeek I, Latronico N, Van den Berghe G. ICU-acquired weakness. Intensive Care Med. avr 2020;46(4):637‑53.

16.          Herridge MS. Fifty Years of Research in ARDS. Long-Term Follow-up after Acute Respiratory Distress Syndrome. Insights for Managing Medical Complexity after Critical Illness. Am J Respir Crit Care Med. 01 2017;196(11):1380‑4.

17.          Péran L, Beaumont M, Berriet AC, Le Ber C, Le Mevel P, Nowak E, et al. Effet de l’ÉlectroStimulation NeuroMusculaire versus un entraînement sur cycloergomètre lors d’un programme de réhabilitation respiratoire. Revue des Maladies Respiratoires Actualités. 1 janv 2020;12(1):277.

Des Fiches d’auto-rééducation à disposition des patients et de leur rééducateur

Les étudiants des IFMK de Franche-Comté ont mis en œuvre des fiches d’auto-rééducation pour aider à la continuité de la rééducation pendant cette période de crise sanitaire. Nous espérons qu’elles pourront aider les thérapeutes à travailler à distance de leurs patients.

VOIR DANS LE MENU “Documents Physios ci-dessus”

Merci à nos étudiants pour ces fiches de grande qualité!

Tour du monde au sein du SSR de L’Hôpital Nord-Ouest de Trévoux

Une idée originale est née au sein de l’équipe de rééducation du SSR de Trévoux : la création d’un parcours de marche interne au service apparenté à un tour du monde. Différentes villes étapes matérialisées par la forme d’une borne kilométrique se sont glissées à différents endroits du service, chaque ville étant séparées par une distance précise.

De plus, le patient dispose d’un passeport afin de noter son parcours.

Ce projet a été motivé par plusieurs raisons :

  • la récurrence des troubles de la marche chez les patients âgés fragiles hospitalisés présentant ou non des troubles cognitifs
  • le constat que l’environnement des couloirs du SSR était impersonnel et par conséquent peu stimulant pour les patients qui avaient pourtant la consigne de marcher quotidiennement afin de maintenir leurs capacités motrices.
  • la demande régulière des médecins de disposer d’une quantification du périmètre de marche.

Ce parcours de marche présente plusieurs avantages :

  • Avoir un objectif de marche régulière associant ludisme et attractivité
  • Quantifier la progression du périmètre de marche (pouvant notamment être réalisé en autonomie par les patients ne possédant pas de troubles cognitifs)
  • Associer le travail de l’équilibre dynamique et des changements de direction pour lire les anecdotes culinaires relatives à chaque ville étape
  • Solliciter l’aspect cognitif en stimulant la mémoire épisodique et sémantique
  • Créer un outil de communication entre les patients, les soignants et les familles
  • Elaborer un lien entre l’hôpital et la médecine de ville grâce au passeport qui témoigne des progrès réalisés durant le séjour en SSR

 Pour toute question relative à cette belle initiative, vous pouvez contacter Me Godaert Sylviane (kinésithérapeute du SSR) via l’adresse mail suivante : SGodaert@lhopitalnordouest.fr

Marine Brika

La vidéo de l’inauguration est en widget !

Fred Desramault et la chambre des erreurs

Une chambre des erreurs pour prévenir les chutes

Atelier créé au Canada en 2006 sous la dénomination de « chambre des horreurs » [1], la chambre des erreurs est arrivée en France en 2011. Cet atelier prend la forme d’une chambre de patient reconstituée, dans laquelle les participants ont pour objectif de retrouver des erreurs qui y ont volontairement été placées [2]. Ainsi en 2017, une équipe du centre hospitalier de Darnétal (près de Rouen) spécialisé dans la prise en soin de personnes âgées, a mis en place une chambre des erreurs sur la thématique de prévention des chutes, sur le facteur environnemental du risque de chute plus particulièrement, dans le cadre de la semaine de la sécurité des patients. En effet, le nombre de sujets âgés tend à augmenter du fait de l’allongement de l’espérance de vie [3]. Ces sujets âgés sont souvent en situation de fragilité, celle-ci se caractérisant par une augmentation du risque de chute [4]. Tout le personnel de l’établissement (toutes fonctions confondues), les usagers ainsi que leurs proches ont été invité à participer à cet atelier.

Pour le personnel, les objectifs de l’atelier sont l’abord des situations à risque de chute, l’acquisition, la réactualisation et le partage des connaissances et compétences en matière de prévention des chutes, l’analyse de ses pratiques professionnelles et l’adoption d’une posture réflexive, éveiller l’intérêt et mobiliser l’ensemble des acteurs de la chaine de soins [5]. L’objectif pour les usagers et leurs proches est une sensibilisation au facteur environnemental du risque de chute et une diffusion des connaissances au plus grand nombre.

Au final, tous les participants mettent en avant l’aspect ludique et surtout non stigmatisant d’un tel atelier. Ils se disent être, par ailleurs, davantage attentifs au risque de chute.

Cet atelier a, par ailleurs, fait l’objet d’une participation à un concours d’innovation en santé organisé par le CHU de Rouen en 2018 et a remporté le prix « coup de cœur du public ».

Pour davantage de renseignements concernant l’atelier, sa mise en place, ses variantes, ses perspectives ou toutes autres demandes, vous pouvez envoyer un courriel à l’adresse suivante : frederic.desramault@wanadoo.fr

Maintenant à vous de jouer en essayant de retrouver les éventuelles erreurs sur ce dessin ! 

Les réponses vous seront présentées prochainement ! En attendant, bonnes vacances gériatriques à toutes et à tous !

La chambre des erreurs de Darnétal en vidéo :

Bibliographie

[1] Syndicat national des professionnels infirmiers. La « chambre des erreurs » : un outil ludique d’amélioration des pratiques.[consulté le 1.07.2019] 23 novembre 2014. [en ligne].https://www.syndicat-infirmier.com/La-chambre-des-erreurs-un-outil.html

[2] Denry P. Le Webzine de la HAS magazine des bonnes pratiques. La « chambre des erreurs » : un outil ludique d’amélioration des pratiques, de la qualité et la sécurité des soins. Initiatives & développement de pratiques collaboratives. [En ligne] Avril 2014, N°80, [consulté le 1.07.2019]. Disponibilité sur internet : https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1734851/fr/la-chambre-des-erreurs-un-outil-ludique-damelioration-des-pratiques-de-la-qualite-et-de-la-securite-des-soins

 [3] Banque Mondiale. (page consultée le 1.07.2019). The World Bank, . http://search.worldbank.org/all?qterm=esp%C3%A9rance+de+vie+france&op=

[4] Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale, expertise collective. Activité physique et prévention des chutes chez les personnes âgées, synthèse et recommandations. Paris: INSERM; 2014.

[5] Semaine de la sécurité des patients en Haute-Normandie du 23 au 27 novembre 2015. (page consultée le 1.07.2019) Simulation en santé : chambre des 7 erreurs. Kit pour les établissements. ARS, OMEDIT. [En ligne] http://www.omedit-normandie.fr/media-files/7543/presentation-kit-chambre-erreurs-2015-.pdf

Évaluer cliniquement les anticipations en gériatrie => Focus sur les 2 tests les plus fiables en inter-évaluateur

Topo Kinésithérapie Scientifique avril 2019 – A Kubicki F Mourey


Les anticipations sont nécessaires dans nos activités fonctionnelles, notamment lorsque nous mettons en place des déséquilibres intrinsèques. Ces déséquilibres intrinsèques peuvent être rapides, comme lorsque nous initions la marche/la course ou que nous soulevons rapidement un objet. Ces anticipations rapides impliquent la mise en œuvre de contractions musculaires anticipées, les Ajustements Posturaux Anticipés (APA) (1). Les APA sont des contractions musculaires observées à distance des articulations mobilisées et dans un temps très court avant le début du mouvement. Par exemple un mouvement rapide du membre supérieur implique des contractions des paravertébraux lombaires controlatéraux, des Ischio-jambiers et du quadriceps homolatéraux, dans les 80 millisecondes précédents la contraction du deltoïde (2,3). Avec les l’âge, ces anticipations rapides ne sont que peu modifiées. Cependant chez des patients âgés fragiles, on retrouve d’importants retards de ces contractions musculaires, amenant à un contrôle plus réactif que proactif de ses propres déséquilibres (4). En laboratoire, l’évaluation de ces synergies musculaires est faite à l’aide de matériel de haute technologie (Electromyographie, analyse cinématique…) capable de discerner ces courtes activations/désactivations musculaires. En pratique clinique, l’observation des APAs est impossible à l’œil nu ou à la palpation. Cependant, il est possible d’observer les conséquences d’un déficit d’anticipation lors d’un test simple de montées successives sur la pointe des pieds (figure 1). Cette évaluation permettra de prioriser la rééducation sur l’objectif d’une récupération de ces anticipations (5).

Figure 1 : Test de montées successives sur la pointe des pieds. La fiabilité inter-examinateur de ce test, évaluée sur deux paires de kinésithérapeutes et 62 patients, est bonne (K = 0,887 [0,736;1])(6)

Certains déséquilibres intrinsèques que nous sollicitons quotidiennement sont beaucoup plus lents, et par conséquent ne nécessitent pas d’APA. Cependant les mouvements complexes sont anticipés dans le cadre de la planification des actions, lorsque notre cortex pré-moteur organise en amont la séquence motrice avant de programmer la/les commande(s) motrice(s)(7). Cette planification est parfois déficiente chez des patients âgés fragiles, indiquant une priorité de rééducation (8). Un test simple permet d’évaluer les capacités de planification de ces patients : l’observation de leur transferts assis-debout et debout-assis (Figure 2).

Figure 2 : Test des transferts assis-debout et debout-assis. La fiabilité inter-examinateur de ces test, évaluée sur deux paires de kinésithérapeutes et 62 patients, est satisfaisante pour le transfert assis-debout (K = 0,704 [0,463;0,944]) et bonne pour le transfert debout-assis (K = 0,778 [0,573 ;0,983])(6).

Conclusion
Ces deux tests simples permettent d’évaluer de manière fiable la présence d’un déficit d’anticipation rapide et/ou lente. Les principes de rééducation seront différents selon le type de déficience observée. Un déficit d’APA nécessite la mise en place de mouvements rapides et variables, pour retrouver la capacité à gérer des déséquilibres intrinsèques rapides. Un déficit de planification nécessite de travailler l’organisation des mouvements, par la consigne lorsque cela est possible ou avec des techniques d’imagerie motrice implicite, en travaillant par exemple à l’aide de puzzles moteurs (http://maami-appli.fr/). Ces déséquilibres intrinsèques, rapides et lents, sont une priorité de rééducation : ils correspondent à 41% des situations de chute à domicile(9).

Bibliographie

  1. Massion J. Movement, posture and equilibrium: Interaction and coordination. Prog Neurobiol. 1992;38(1):35-56.
  2. Bouisset S, Do M-C. Posture, dynamic stability, and voluntary movement. Neurophysiol Clin Neurophysiol. 2008;38(6):345-362.
  3. Kubicki A, Fautrelle L, Bourrelier J, Rouaud O, Mourey F. The Early Indicators of Functional Decrease in Mild Cognitive Impairment. Front Aging Neurosci. 2016;8.
  4. Kubicki A, Bonnetblanc, Petrement, Ballay, Mourey. Delayed postural control during self-generated perturbations in the frail older adults. Clin Interv Aging. February 2012:65.
  5. Aruin AS, Kanekar N, Lee Y-J, Ganesan M. Enhancement of anticipatory postural adjustments in older adults as a result of a single session of ball throwing exercise. – PubMed – NCBI. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25424864. Accessed January 22, 2019.
  6. Kubicki A, Brika M, Mourey F. Fiabilité Inter-examinateurs des tests d’anticipation en rééducation gériatrique. In: JFK Montpellier, France; 2019.
  7. Bear M, Paradiso M, Connors B, Nieoullon A. Neurosciences. 4ème edition Pradel.; 2016.
  8. Hassani A, Kubicki A, Brost V, Mourey F, Yang F. Kinematic analysis of motor strategies in frail older adults during the Timed Up and Go: How to spot the motor frailty? Clinical Interventions in Aging. 2015.
  9. Robinovitch SN, Feldman F, Yang Y, et al. Video capture of the circumstances of falls in elderly people residing in long-term care: an observational study. The Lancet. 2013;381(9860):47-54.

Le 1er Ehpad’athlon… à Dijon !

4 étudiants (Pruntha, Madeline, Sébastien et Kévin) en master 2 Activités Physiques Adaptées au sein de l’UFR Staps de Dijon ont décidé de relever un véritable challenge : faire de leur projet de groupe un tournoi inter-EHPAD d’activités physiques adaptées bien dénommé Ehpad’athlon !
Accompagnés par France Mourey (Pr) et Celia Ruffino (Dr), ils ont proposé une journée dédiée aux plus vulnérables qui a vu s’affronter 16 équipes composées de 4 à 6 résidents de différents EHPAD de Côte d’Or à travers 9 ateliers :
 Pétanque memory, Equilibrez votre assiette (parcours avec une balle dans une assiette), Dans le mille (lancers dans cibles), Parcours moteur, En un tour de main (parcours d’une balle sur une table à relief), Questions pour un champion, Senior Games (jeux en bois de dextérité manuelle destinés aux personnes âgées crées par Hugo Boyer présent lors de l’événement), Shoot basket et Projet MAAMI (utilisation de jeux numériques pour travers les aspects cognitifs de l’action).

Cette journée retiendra le sourire de plus de 70 personnes âgées, l’ambiance chaleureuse et la complicité entre les étudiants, les soignants accompagnants et les résidents. Cet événement aura également permis une sensibilisation sur l’importance de l’activité physique à tous les âges de la vie et plus particulièrement lors de l’avancée en âge.
Chaque équipe a eu l’honneur d’être récompensée par Françoise Tenenbaum, adjointe au maire de Dijon, qui a clôturé la journée en donnant rendez-vous l’année prochaine !

=> retour en image sur le widget !

#Interpro… Que fait le/la Neuropsy en EHPAD?

Camille Labart est neuropsychologue sur Gap. Elle nous propose un petit topo sur son évaluation des capacités cognitives en EHPAD, merci Camille !

Dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPAD), des tests d’exploration rapide du fonctionnement cognitif peuvent être utilisés par le psychologue-neuropsychologue afin de déterminer la présence et de suivre l’évolution des troubles cognitifs du résident.

Les tests utilisés sont rapides et permettent d’appréhender de manière globale le fonctionnement cognitif du résident, ses capacités préservées et ses capacités altérées. Les tests majoritairement utilisés sont :

  • Le Mini-Mental State Examination (MMSE). Ce test permet une évaluation rapide de l’atteinte cognitive du résident et de la sévérité de la démence. Il évalue l’orientation temporo-spatiale, les capacités de mémoire à court terme, de mémoire de travail, la mémoire épisodique, le calcul et le langage (expression et compréhension orale, expression et compréhension écrite) et les praxies visuo-constructives. Le score obtenu est global et permet de définir un « stade » dans les troubles cognitifs : un score compris entre 20 et 30 définit une démence légère, un score entre 15 et 19 définit une démence modérée, un score de 10 à 14 une démence modérément sévère, un score de 2 à 10 une démence sévère et un score < 2 une démence très sévère. Il est possible d’observer une « évolution rapide » lorsque le résident perd plus de 3 points en 6 mois ou moins.
  • Le Test de l’Horloge. Il est demandé au résident d’insérer les chiffres dans le cadran d’une horloge, afin de dessiner les aiguilles indiquant une certaine heure. Ce test permet d’évaluer les capacités visuo-constructives et de planification. Tout point perdu est pathologique.
  • Les 5 mots de Dubois. Il est demandé au résident d’apprendre une liste de 5 mots, puis de les restituer après une tâche interférente. Ce test évalue les capacités mnésiques épisodiques. Un trouble de la mémoire semble être présent dès qu’un mot a été oublié.
  • Le Montreal Cognitive Assessment (MoCA). Ce test permet d’évaluer le fonctionnement exécutif de manière plus approfondie que le MMSE. Il évalue, dans les fonctions exécutives, les capacités de flexibilité mentale, d’évocation verbale et d’abstraction de concepts. Il évalue également les capacités visuo-constructives, de dénomination, de mémoire, d’attention et l’orientation temporo-spatiale. Le nombre de points maximum est de 30, un score de 26 et plus est considéré comme efficient.
  • La Batterie rapide d’efficience frontale (BREF) permet une évaluation spécifique des troubles exécutifs. Ce test évalue les capacités d’évocation verbale, de préhension, de programmation motrice, de flexibilité mentale et de contrôle inhibiteur moteur. Un score < 16 est considéré comme anormal.

Le psychologue-neuropsychologue en EHPAD peut également être amené à utiliser des tests permettant l’évaluation des troubles comportementaux dans les démences :

  • L’inventaire Neuropsychiatrique (NPI) est réalisé en présence de l’équipe soignante impliquée dans la prise en charge du résident. Il permet de déterminer la présence, la fréquence et la gravité de troubles comportementaux comme les idées délirantes, les hallucinations, l’agitation/agressivité, la dépression/dysphorie, l’anxiété, l’exaltation de l’humeur/euphorie, l’apathie/indifférence, la désinhibition, l’irritabilité/trouble de l’humeur, les comportements moteurs aberrants, les trouble du sommeil ou encore les troubles de l’appétit.

Ces évaluations cognitives et comportementales rapides en EHPAD permettent notamment d’objectiver certaines observations faites par les équipes soignantes qui accompagnent au quotidien le résident. Elles permettent de mieux comprendre et d’appréhender le fonctionnement du résident afin d’adapter sa prise en charge et son accompagnement dans sa vie quotidienne et ses activités. Ces évaluations peuvent également avoir des objectifs tels que confirmer ou infirmer la nécessité d’accueillir un résident en « unité spécifique protégée » ou de lui permettre de bénéficier d’une prise en charge en pôle d’activités et soins adaptés (PASA).